Il n'y a pas d'âge pour briller
Encore une fois, la vie nous aura donné raison : quelque soit son corps, son âge, ses spécificités, on a toujours quelque chose à exprimer. Et c’est beau ! Créer un Cabaret avec les résident·e·s des Ehpad Reynies et Abbaye à Grenoble : 8 semaines de joie et d’intensité pour tout l’équipage :)
“Marlène, Jocelyne, Célia, Anabelle, Mathilde, Elodie, Jonathan, Pauline, Perrine ? On vous appelle pour vous proposer une aventure un peu spéciale… Vous êtes prêtes ? Alors go go go !”
Et c’est ainsi qu’avec un bel équipage, nous nous sommes aventurées dans les mers intenses du grand âge, où les émotions sont à fleur de peau. Notre rôle : souffler sur les braises de la créativité pour que jamais elles ne s’éteignent.
De semaine en semaine, le feu a grandit, et nous a réchauffé les corps et les coeurs.
Un retour en images de la période de création
- Le diapo photo de Renaud Menoud -
Désirer, encore et encore
Voici un numéro sonore, construit à partir d’échanges autour du désir et de la sexualité dans le grand âge, menée par Marion Plouzennec
Danser, encore et encore
Nous sommes montées dans les étages pour proposer des moments de danse avec des personnes alitées. Nous avons filmé. Pour qu’elles aussi soient présentes lors du grand cabaret.
Les représentations, en images
Alors voilà.
“Un spectacle “cabaret”, qui serait construit avec les énergies et les talents des personnes habitant les Ehpads Reynies et Abbaye, où l’on accueillerait toutes les disciplines, tous les élans créatifs, tous les corps, toutes les spécificités, tous les moyens d’expressions, tous les sujets !
Avec un élément qui relierait tout cela : la liberté, la transgression et l’expression à tout crin.
Et le rêve devint réalité cet automne 2024...
De la danse, du chant, de la poésie, de la musique, des prises de parole, des émotions, de la légèreté et de la profondeur, des rires et des larmes”
























Les témoignages qui font plaisir
Marion, directrice de l’Ehpad Abbaye
Flore, Fanny ainsi que toute l'équipe, je vous remercie sincèrement du moment que vous nous avez fait vivre vendredi, un spectacle plein d'émotions, de raffinements, de rires et de joies !
Ce matin, les remerciements et l'émerveillement des familles, des salariés, des familles, et des résidents n'arrêtent pas ! Certains ont déjà envie de recommencer, d'autres reconnaissent avoir été fatigués !
Vos répétitions n'ont commencé que début octobre, je suis impressionnée du travail accompli en si peu de temps.
Isabelle, animatrice de l’Ehpad Reynies
Encore merci de nous avoir permis de monter dans l’embarcation !
Que du bonheur, des moments de joie, d’émotion, de rire…que je n’oublierai jamais ….
Medhi, directeur de l’Ehapd Reynies
Votre créativité et votre passion ont permis de créer un moment unique et enrichissant pour nos résidents. Grâce à votre accompagnement, ils ont pu s'exprimer, partager des émotions et vivre une expérience inoubliable. Cette collaboration a apporté beaucoup de joie.
Les textes écrits et déclamés par les résidentes
Le monologue de la grand mère de madame Inard
au sujet du mariage et de la liberté.
Je vais avoir vingt ans et si je vous parais plus vieille, cela tient à l’humeur sérieuse que j’eus toujours malgré ma figure rieuse. Trop de réflexions ont muri tous mes traits.
Je vais avoir vingt ans. C’est l’âge ou les familles se prennent à chercher des maris pour les filles.
Et moi, je me demande avec anxiété : faut-il livrer mon être a la toute-puissance éternelle d’un maitre, ou bien conserver ma chère liberté.
Mon esprit flotte encore indécis. Et s’il penche, c’est pour le célibat. Je saurais m arranger une existence exquise, à la fois rose et blanche. Je sais peindre et chanter. Le chant est sans danger.
Le théâtre est dit-on, tout plein de précipices. Mais on peut cultiver sans aucun sacrifice. La peinture, cet art élégant entre tous. J’aurai mon atelier, somptueux rendez-vous. Je ferai des portraits ou bien du paysage.
Je verrai un beau jour aux plis de mon corsage une ministre accrocher la légion d’honneur. Quelle gloire, c’est dit ,je reste fille !
Oui mais est ce bien sage, alors qu’on est gentille et que l’on peut espérer de rencontrer l’amour. N éprouverai je pas de regrets quelques jours… Les poètes, mais faut-il croire les poètes jurant tous que pour eux l’amour est le seul bien, qu’il est tout ici-bas, que le reste n’est rien. Et j’ai vu, j’ai cru voir, que les gens les moins bêtes, accueillaient ces serments avec crédulité.
Serait ce vrai, la gloire et la célébrité, que je suis même incertaine d’atteindre, ne soit qu’une fumée, aimer vaut mieux que peindre. Oui mais ou trouver un mari a mon gré. Je suis très difficile et me suis mise en tête un idéal charmant, une image parfaite. Mon idéal, je puis vous le peindre en deux traits. Sans doute vous allez rire un peu, je voudrais, je voudrais un héro doublé d’un philosophe. Un homme brave et bon, savant et généreux.
Ou trouver un mari fait de pareille étoffe ? Les hommes de ce temps ne vivent que pour eux ,à ce qu’on dit du moins, et jouent avec furie. Et la nuit et le jour, cependant que songeant, la femme à la maison fait de la broderie. Pour eux le mariage est affaire d’argent et le cœur comme il peut s’arrange de la chose. Pourquoi prendre l’avis de ce muscle banal. Tu n’es plus de ce siècle, oh mon cher idéal. Je ne te cherche plus, oh phénix et pour cause, donc je reste fille. Oui mais si par hasard, j’allais le rencontrer, il est bien quelque part, dans un coin de Paris, dans un coin de la terre. Un homme possédant un cœur et de l’esprit, qui n’est que vingt-cinq ans et soit célibataire. Et s’il veut celui la dont mon rêve s épris. je la reconnais cette ombre noble et chère, qui rode autour de moi quand mes yeux sont fermés. Je ne dirai pas non quand mon père et ma mère voudront me confier à ses bras bien aimés.
Oui mais toujours on peint l’amour avec des ailes, et l’on parle souvent de maris infidèles. Et moi j’ai vu, vu de mes propres yeux, une femme instruite, charmante, bonne et sage, quitter après deux ans de pénible ménage, un mari que grand-mère a traité d odieux. Me voyez vous rentrant en pleurs dans ma famille, c’est la trop de périls. J’aime mieux rester fille. Oui mais pour consoler ses chagrins les plus grands, une mère a le bruit des bébés autour d’elle. Et je me marierai pour avoir des enfants. Oui mais, on n’en a pas toujours, puis les filles souvent à vingt ans ou plus tôt, un mari vous les prend. Moi pour éviter cette tristesse amère, je ne quitterai pas mon père et ma mère.
Oui mais puisque c’est eux qui veulent m’y forcer, qui m offrent le bonheur, dois-je le repousser ? Et j’y songe à présent, on ne reste pas fille, on devient vieille fille. ! Il n’en n’est pas ici. Et les exceptions sont nombreuses aussi. Souvent quand on est vieille fille ,on s’habille de façon ridicule ou adore un roquet, une perruche horrible) On devient égoïste……. Décidément, cette fois je ne décide rien. Oui mais, c’est que justement ce soir, mon père me présente celui qu’il rêve pour son gendre.
Avant cette entrevue il m’aurait fallu prendre un parti de principe et j’ignorais vraiment que le problème fut à ce point difficile. Et qu’à lire en sois même, l’on soit si malhabile. Que faire, si il me plait, je l’accepte, tant pis.
S’il me déplait, et bien sage comme un apôtre avant même de m’arrêter à d extrêmes partis, j’attendrai simplement qu’ on m’en présente un autre.
Le témoignage de Dominique Lavaudan
Au sujet de la vieillesse
Oyez, oyez, braves gens, ma dernière histoire d’amour avec l’Ehpad Reyniès!
Je n’avais plus de goût pour la vie, je n’arrivais plus à manger, je chutais… Alors je me suis dit qu’il était temps de rentrer à l’Ehpad. J’avais 70 ans.
Et, dans ma chambre, toute petite comparée à mon appartement, je me suis tout de suite sentie bien.
J’ai trouvé ici le lien social qui me manquait. Ce lien là est nécessaire pour être en bonne santé mentale. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je me suis tout de suite sentie à l’aise à tous les étages, à discuter avec les unes, les uns et les autres. Aider les personnes qui ont plus besoin que moi, cultiver l’empathie, la rencontre.
Oui. Ici, j’ai retrouvé le lien social. Et le goût pour la vie.
Et la nourriture…
J’avoue que j’avais un peu peur avant d’arriver, influencée par l’image que j’avais des Ehpads, des derniers scandales de maltraitance… Mais ici j’ai ressenti de la bienveillance et de la douceur.
Pour moi, c’est la maison du bonheur : riche de bijoux, me voilà riche de nature, de culture, d’humanité, de cœur !
Je sais que ce n’est pas le parcours de tout le monde ici, mais moi, en arrivant, j’ai retrouvé mon équilibre, j’ai lâché canne et déambulateur et j’ai retrouvé mon humeur joyeuse (en pédalant trois fois par semaine, en respirant tranquille : inspire, expire…)
On doit se battre toute sa vie, et ça peut donner lieu à de belles choses. La vie est une grande aventure, où il faut du courage oui, mais ça vaut le coup. J’en suis à l’étape de la résilience. Par rapport à mon histoire, à ma vie. Je peux être en paix, en retrouvant mon identité (enfin presque!)
Quand soudain la vie vous fait toucher le fond du fond, ici, cet Ehpad nous entraine dans un nouveau tour, sillon inattendu de créativité, de tolérance, d’un entourage de qualité humaine et surtout aussi, pour moi, de liberté, de mouvance pour continuer de voyager, d’explorer et goûter à ce monde imparfait !
Je reconnais que c’est encore une grande chance d’avoir gardé mes facultés motrices et cognitives…
Ce lieu est ma dernière demeure. Et je m’y sens bien. Cette dernière étape ce n’est pas un malheur non. Bien au contraire.
C’est que… la mort ne me fait pas peur. C’est pour moi un dernier voyage,vers la lumière.
Et avant cela, la vie. Qui poursuit son cours, jusqu’au bout. Il n’y a plus qu’à continuer à poursuivre le bonheur, à chanter, à danser, goûter encore un fois à la liberté (franchir le portail de l’Ehpad pour ailleurs), à approcher encore et encore, engranger… la peinture, la musique : un grand mystère qui m’attire.
À chanter “quand la vie est méchante, l’écho me répond au loin “chante”! “
Vieillir, je ne le voix pas comme une épreuve, mais comme un chemin nécessaire. C’est un des chemin de notre vie. Je le vois bien autour de moi, on peut souffrir beaucoup dans son corps, longtemps, trop longtemps, on vit tellement d’années aujourd’hui…
Alors je cultive la méditation, pour être dans l’instant présent, le goûter le plus consciemment possible. Et essayer de vivre l’essentiel.
Cultiver le goût pour la vie, coûte que coûte, et une curiosité à tout crin.
J’ai trouvé ma place ici, je ne sais pas jusqu’à quand, ni comment. On verra. L’aventure continue…
Photos - Renaud Menoud
Lien vers la brochure de l’association Alerte 38 (asso du bien vieillir)